La période allant du 27 avril au 4 mai 2026 a plongé le Mali dans l’une des séquences les plus tendues de son histoire contemporaine. Après les attaques coordonnées du 25 et 26 avril menées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et les rebelles du Front de Libération de l’Azawad (FLA), le pays est entré dans une phase d’instabilité majeure marquée par une crise sécuritaire persistante, une forte pression politique sur les autorités de transition et une intense activité diplomatique autour du rôle de la Russie et de l’avenir du Sahel.
Durant cette semaine, Bamako a tenté de reprendre le contrôle militaire et politique du pays tout en faisant face à des interrogations croissantes sur la capacité réelle du régime du général Assimi Goïta à stabiliser le Mali. La mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, la progression des groupes armés dans certaines régions du nord, la pression jihadiste autour de la capitale et les inquiétudes internationales ont profondément modifié le paysage politique et sécuritaire malien.
Sécurité
- Le 27 avril 2026, au lendemain des attaques coordonnées qui avaient frappé Bamako, Kati, Gao, Mopti, Sévaré et Kidal, les Forces armées maliennes (FAMa) ont lancé d’importantes opérations de ratissage dans plusieurs zones du pays. Les autorités affirmaient avoir repris le contrôle de la situation, mais sur le terrain, les combats restaient intenses dans plusieurs régions du nord et du centre.
- À Kati, ville stratégique située près de Bamako et cœur historique du pouvoir militaire malien, les forces de sécurité ont renforcé les barrages, limité les déplacements et multiplié les patrouilles. La ville avait été directement ciblée lors des offensives du 25 avril, notamment à travers l’attaque contre la résidence du ministre de la Défense Sadio Camara, tué lors d’un attentat suicide.
- Dans le nord du pays, la situation apparaissait beaucoup plus préoccupante. Le Front de Libération de l’Azawad et les combattants liés au JNIM avaient réussi à fragiliser plusieurs positions militaires. À Kidal, ville hautement symbolique pour la rébellion touarègue, des informations concordantes faisaient état du retrait des combattants russes de l’Africa Corps qui soutenaient l’armée malienne depuis le départ du groupe Wagner.
- La perte de contrôle partielle de certaines zones autour de Kidal représentait un revers stratégique majeur pour Bamako. En novembre 2023, la reprise de cette ville par les FAMa avait été présentée comme une victoire historique du régime de transition. Or, moins de trois ans plus tard, les groupes armés démontraient leur capacité à revenir dans cette région clé située près de la frontière algérienne.
- Le 28 avril, les autorités maliennes tentaient de rassurer la population en affirmant que les opérations militaires se poursuivaient avec succès. Le président de transition Assimi Goïta est apparu publiquement pour la première fois depuis les attaques. Il a promis de « neutraliser » les responsables et de restaurer totalement la sécurité nationale.
- Cependant, les groupes jihadistes continuaient de démontrer leur capacité de nuisance. Le 29 avril, des affrontements ont été signalés près de la frontière avec le Niger, où des combattants affiliés à l’État islamique avaient temporairement pénétré dans certaines localités avant de se retirer sous pression militaire.
- L’évolution la plus inquiétante est survenue le 1er mai 2026. Selon plusieurs sources sécuritaires et des informations rapportées par Reuters, des insurgés liés à Al-Qaïda ont installé des points de contrôle autour de Bamako et appelé les populations à se soulever contre les autorités de transition.
- Cette situation était particulièrement alarmante car elle montrait que les groupes jihadistes n’opéraient plus uniquement dans les régions éloignées du nord ou du centre, mais qu’ils étaient désormais capables d’exercer une pression directe autour de la capitale malienne. Des perturbations importantes ont été signalées sur plusieurs axes routiers stratégiques, notamment vers Kayes à l’ouest. Les mouvements de marchandises, les transports civils et certaines activités commerciales ont été ralentis ou interrompus dans plusieurs zones.
- Les analystes sécuritaires ont souligné que cette séquence démontrait une montée en puissance sans précédent de la coopération entre le JNIM et les groupes séparatistes touaregs. Jusqu’alors, ces groupes avaient parfois coopéré localement, mais les événements d’avril et mai 2026 ont révélé une coordination beaucoup plus structurée.
- Par ailleurs, plusieurs organisations humanitaires ont alerté sur les conséquences pour les populations civiles. Dans les régions du nord, des déplacements de populations ont été signalés, tandis que l’accès à l’aide humanitaire devenait plus difficile dans certaines zones sous influence des groupes armés. Au terme de cette semaine, le constat sécuritaire restait extrêmement préoccupant : malgré les déclarations officielles affirmant que la situation était « sous contrôle », le Mali apparaissait confronté à une crise multidimensionnelle menaçant directement l’autorité de l’État.
Affaires politiques et nationales
- Sur le plan politique, la semaine du 27 avril au 4 mai 2026 a profondément fragilisé le pouvoir du général Assimi Goïta. La disparition de Sadio Camara a constitué le premier choc politique majeur. Ministre de la Défense depuis plusieurs années, il était considéré comme l’un des hommes forts du régime et un pilier essentiel de la transition militaire. Très influent au sein de l’appareil sécuritaire, il incarnait également le rapprochement stratégique du Mali avec la Russie. Après plusieurs jours d’incertitude et de tensions internes, les autorités ont organisé des cérémonies officielles en hommage au ministre défunt. Son enterrement, organisé le 30 avril, a été marqué par une forte présence militaire et une importante mobilisation politique autour du discours de souveraineté nationale.
- Mais derrière cette unité affichée, de nombreuses interrogations circulaient sur la stabilité réelle du pouvoir. Plusieurs observateurs estimaient que les attaques avaient révélé des défaillances importantes dans les services de renseignement et la protection des principales figures de l’État. Les critiques se concentraient également sur la stratégie sécuritaire du gouvernement. Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, la junte avait largement justifié son maintien au pouvoir par la nécessité de restaurer la sécurité nationale. Pourtant, les événements de fin avril montraient que les groupes armés conservaient une capacité opérationnelle élevée. Dans plusieurs villes du pays, les autorités ont renforcé la surveillance des médias et des réseaux sociaux afin de limiter la diffusion d’informations jugées susceptibles de « démoraliser » la population ou l’armée. Des appels à l’unité nationale ont été régulièrement diffusés sur les médias publics.
- Le climat politique est devenu encore plus tendu au début du mois de mai avec l’enlèvement de Mountaga Tall, ancien ministre et critique de la junte, selon des informations relayées le 4 mai. Cette affaire a provoqué une vive émotion au sein de certains milieux politiques et de défense des droits humains. Plusieurs observateurs ont estimé que cet enlèvement traduisait une montée des tensions politiques internes dans un contexte de crise sécuritaire majeure. Le 4 mai 2026, Assimi Goïta a finalement décidé d’assumer lui-même le portefeuille de la Défense. Cette décision a été annoncée par les médias d’État et présentée comme une mesure destinée à renforcer la coordination militaire après les attaques meurtrières du 25 avril. Le général Oumar Diarra, chef d’état-major de l’armée, a été nommé ministre délégué à la Défense.
- Cette concentration accrue du pouvoir entre les mains d’Assimi Goïta a été interprétée de manière contrastée. Pour ses partisans, il s’agissait d’un acte d’autorité nécessaire dans une période de guerre. Pour ses détracteurs, cela traduisait une personnalisation croissante du régime et une fragilité institutionnelle de plus en plus visible. Durant cette semaine, la question du retour à l’ordre constitutionnel est également revenue dans les débats politiques. Plusieurs acteurs maliens et internationaux craignaient que l’aggravation de l’insécurité ne serve à justifier un nouveau report des échéances électorales. Ainsi, entre le 27 avril et le 4 mai 2026, le Mali a connu une profonde déstabilisation politique dans laquelle la question sécuritaire a dominé l’ensemble de la vie nationale.
Affaires internationales
- La crise malienne a également suscité d’importantes réactions internationales durant cette période. L’un des événements diplomatiques majeurs est intervenu le 28 avril lorsque le président Assimi Goïta a rencontré l’ambassadeur russe à Bamako. Cette rencontre, largement médiatisée, avait une forte portée symbolique. Elle visait à montrer que malgré les attaques et les pertes subies, le partenariat entre Bamako et Moscou restait solide.
- Depuis plusieurs années, le Mali a progressivement remplacé sa coopération militaire avec la France par un partenariat sécuritaire étroit avec la Russie. Des instructeurs russes ainsi que des éléments de l’Africa Corps étaient présents dans plusieurs régions du pays pour soutenir les opérations militaires contre les groupes armés. Cependant, les événements de fin avril 2026 ont mis en lumière les limites de cette stratégie. Le retrait des forces russes de certaines zones de Kidal a alimenté les interrogations sur l’efficacité réelle de leur engagement au Sahel.
- Du côté occidental, plusieurs capitales européennes ont exprimé leur inquiétude face à la détérioration rapide de la situation malienne. Les Nations unies ont appelé à une mobilisation internationale pour éviter une aggravation de la crise humanitaire et sécuritaire. La position de la France a particulièrement attiré l’attention. Selon plusieurs analyses publiées à cette période, Paris a adopté une attitude prudente et relativement discrète face aux événements, contrastant avec son rôle central dans les crises sahéliennes précédentes.
- Cette prudence s’explique notamment par les relations extrêmement dégradées entre Bamako et Paris depuis le départ des forces françaises du Mali en 2022. Au niveau régional, le Burkina Faso et le Niger ont suivi avec inquiétude l’évolution de la situation. Ces trois pays, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), sont tous dirigés par des régimes militaires confrontés à des insurrections jihadistes.
- Les attaques des 25 avril au 4 mai 2026 ont renforcé les craintes d’une extension régionale du conflit et montré que les groupes armés étaient désormais capables de coordonner des opérations d’envergure dans plusieurs espaces sahéliens. À la fin de cette semaine de crise, une réalité s’imposait : le Mali était redevenu l’épicentre de la crise sahélienne, avec des conséquences qui dépassaient largement ses frontières nationales.


