- Entre le 30 août et le 6 septembre 2026, le Mali a continué de faire face à une menace armée éclatée sur plusieurs théâtres. Après l’attaque contre le commissariat de Kignan le 30 août, les FAMa ont annoncé dès le lendemain de nouvelles frappes autour d’Aguelhoc et de Ménaka. Dans le Centre et le Sud, la surveillance des axes et des zones rurales reste parallèlement déterminante. À Bamako, le gouvernement a poursuivi la réorganisation du secteur minier avec le renouvellement de plusieurs permis de recherche aurifère. Sur le plan international, le départ de l’ambassadrice américaine Rachna Korhonen a fourni l’occasion à Bamako et Washington de réaffirmer publiquement leur volonté de maintenir le dialogue, malgré la profonde transformation des alliances sécuritaires du Mali.
- La période confirme surtout une tendance observée durant tout le mois d’août : il devient de plus en plus difficile de parler d’un front unique au Mali. Les opérations militaires s’étendent du Nord et de l’Est aux régions centrales et méridionales, obligeant l’armée à maintenir simultanément surveillance aérienne, présence terrestre et protection des corridors.
- Dans cet environnement, les communiqués militaires constituent une source essentielle mais doivent être lus avec prudence. Les frappes et destructions annoncées par les FAMa sont rapportées ici comme des revendications officielles de l’État-major lorsqu’elles ne disposent pas d’une confirmation indépendante.
Sécurité
- La semaine commence directement dans le prolongement de l’attaque de Kignan, dans la région de Sikasso, survenue le 30 août. Des hommes armés avaient tenté de prendre pour cible le commissariat de la localité avant d’être repoussés, selon les autorités. L’incident était particulièrement significatif parce qu’il intervenait après plusieurs opérations signalées autour de Sikasso et Koutiala au cours des semaines précédentes.
- Le 31 août, l’effort militaire se déplace à nouveau vers le Nord et l’Est. Dans le cadre de l’opération Dougoukoloko, les FAMa annoncent avoir effectué des frappes de précision contre quatre points de regroupement situés en périphérie d’Aguelhoc, dans la région de Kidal. Selon l’État-major, les combattants présents sur ces positions étaient responsables de tirs indirects contre la localité.
- Au même moment, d’autres regroupements sont détectés à environ 35 kilomètres au sud-ouest de Ménaka. Les positions abriteraient du matériel de guerre et sont également frappées. L’armée indique ensuite poursuivre ses missions de reconnaissance afin d’évaluer les résultats et de rechercher d’éventuelles menaces résiduelles. Aucun bilan humain indépendant n’était alors disponible.
- Cette simultanéité entre Aguelhoc et Ménaka est importante. Dans le Nord, les autorités doivent composer avec les réseaux liés au JNIM mais également avec les mouvements armés issus de la rébellion touarègue. Dans l’environnement de Ménaka, la présence de la branche sahélienne de l’État islamique ajoute un acteur supplémentaire à une géographie sécuritaire déjà extrêmement fragmentée.
- Au début du mois de septembre, des informations OSINT font justement état d’une confrontation importante entre le JNIM et l’État islamique au Sahel dans le secteur d’Ekacham, près de N’Daki, dans la zone de Tombouctou. Les canaux liés à l’État islamique ont revendiqué des pertes extrêmement élevées parmi leurs adversaires, chiffres contestés et impossibles à vérifier indépendamment. L’existence même de combats entre les deux organisations est toutefois importante : les groupes jihadistes ne forment pas un bloc homogène et se disputent également territoires, populations, routes et ressources. Les bilans diffusés par leurs canaux de propagande doivent être considérés comme des revendications et non comme des données établies.
- La pression reste parallèlement visible dans le Centre. Le 6 septembre, des opérations aériennes sont signalées dans la zone boisée autour de Kernia, dans le secteur de Douentza, après la détection de plusieurs dizaines de combattants circulant à moto. Des frappes auraient également visé des positions secondaires utilisées par ces groupes. Dans le secteur de Diallo, région de Bandiagara, une mission de reconnaissance offensive aurait parallèlement identifié un véhicule 4×4 suspect et ses occupants. Là encore, les résultats précis des opérations ne disposaient pas encore d’une vérification indépendante.
- Ces développements montrent que, malgré l’attention croissante accordée au Sud, le Centre demeure un espace de forte mobilité insurgée. Les forêts, pistes secondaires et zones rurales entre Douentza, Bandiagara, San et Macina permettent aux groupes armés d’éviter les principales garnisons et de déplacer hommes et motos entre différents secteurs.
- Le Sud, cependant, devient progressivement impossible à traiter comme une périphérie du conflit. La succession des incidents autour de Kignan, Sikasso, Koutiala et Bougouni montre que les axes reliant Bamako à la Côte d’Ivoire et au Burkina Faso prennent une importance croissante. Il ne s’agit pas seulement de savoir si des groupes armés peuvent occuper durablement une ville : leur capacité à perturber les routes peut produire des conséquences économiques importantes sans nécessiter de contrôle territorial permanent.
- C’est précisément cette évolution qui doit être surveillée au cours des prochaines semaines. Une insurrection capable de menacer simultanément des positions militaires dans le Nord et les principaux corridors commerciaux dans le Sud obligerait l’État à répartir ses forces entre deux missions différentes : combattre les groupes armés et maintenir les flux économiques essentiels au fonctionnement du pays.
- Le bilan du mois d’août publié ultérieurement par la DIRPA permet de mesurer l’intensité de la réponse militaire : l’armée affirme avoir effectué 740 sorties aériennes, représentant plus de 2 293 heures de vol, dont 214 frappes, et revendique environ 1 000 combattants adverses neutralisés durant le mois. Ces chiffres ont été publiés après notre période d’étude et ne constituent donc qu’un élément rétrospectif permettant de contextualiser l’intensité des opérations observées à la charnière août-septembre. Ils demeurent des estimations officielles des FAMa.
Affaires politiques et nationales
- le secteur aurifère reste au cœur de la stratégie économique de Bamako Le 2 septembre, le Conseil des ministres adopte plusieurs décisions concernant le secteur minier. Quatre projets de décret concernent le renouvellement de permis de recherche d’or dans les cercles de Bougouni, Sikasso, Kangaba et Kéniéba. Les permis concernent des périmètres situés à Ourounia, Dézébéla, Faladiè-Nord et Liberta-Sud.
- Ces autorisations avaient été accordées entre 2019 et 2022 avant d’être affectées par la suspension du renouvellement des titres miniers intervenue entre décembre 2022 et mars 2025. Selon le gouvernement, les travaux réalisés ont révélé suffisamment d’anomalies géologiques pour justifier la poursuite des recherches. Les renouvellements doivent permettre aux entreprises concernées de continuer leurs activités pendant trois années supplémentaires, avec possibilité d’un renouvellement supplémentaire conformément au cadre applicable.
- Pris isolément, il s’agit d’une décision administrative. Mais replacée dans la politique minière suivie depuis plusieurs années, elle est plus significative. Bamako cherche à combiner deux objectifs : renforcer le contrôle de l’État sur les ressources stratégiques tout en maintenant suffisamment d’investissement et d’exploration pour assurer le développement futur du secteur aurifère.
- Cette tension est particulièrement importante pour le Mali. L’or constitue une ressource essentielle pour les finances publiques et les exportations, tandis que le gouvernement cherche simultanément à obtenir une plus grande participation nationale dans les projets miniers.
- La décision intervient seulement quelques jours après celle concernant le projet de Kobada, où le gouvernement avait annoncé une participation combinée de 35 % pour l’État et les investisseurs nationaux.
- Le secteur minier devient ainsi l’un des laboratoires les plus visibles de la doctrine de souveraineté économique défendue par les autorités de transition : l’objectif n’est pas de fermer le pays aux entreprises étrangères, mais de redéfinir les conditions dans lesquelles elles accèdent aux ressources maliennes.
- Cette stratégie comporte toutefois une contrainte majeure. Une partie des zones les plus riches en ressources naturelles se trouve dans des régions où l’insécurité progresse ou où les groupes armés peuvent perturber les routes.
- La sécurité des investissements miniers dépend donc directement de la capacité de l’État à maintenir ouverts les corridors reliant les zones d’exploitation aux centres économiques et aux frontières.
- Un autre élément intéressant apparaît dans le Conseil des ministres du 2 septembre : le gouvernement revient sur le Forum confédéral de la Jeunesse et du Volontariat de l’AES, organisé à Ouagadougou du 27 au 30 août et réunissant plus de 600 jeunes et encadreurs des trois États membres. Plusieurs instruments de coopération ont été signés, notamment un mémorandum concernant le Forum confédéral de la jeunesse, un autre sur les Jeux de l’AES et une convention relative au volontariat.
- L’enjeu dépasse l’organisation d’activités de jeunesse. L’AES cherche progressivement à construire des institutions sociales et civiles communes, en complément de la coopération militaire et diplomatique qui a initialement structuré l’organisation.
- Dans un environnement où les groupes jihadistes développent leurs propres mécanismes de recrutement, de taxation et de gouvernance locale, cette capacité à produire une identité institutionnelle commune représente également un enjeu politique de long terme.
Affaires internationales
- Le 4 septembre, Assimi Goïta reçoit à Koulouba Rachna Korhonen, ambassadrice des États-Unis au Mali, arrivée au terme de sa mission diplomatique. La rencontre se déroule en présence du ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop. Selon la Présidence, les discussions portent sur le bilan de la mission de l’ambassadrice et sur les perspectives de renforcement de la coopération entre Bamako et Washington. Korhonen, en poste depuis 2023, souligne à sa sortie d’audience l’importance des relations entre les deux pays et exprime le souhait de voir leur coopération continuer à se développer.
- L’événement pourrait paraître protocolaire. Dans le contexte actuel, il mérite néanmoins d’être relevé. Depuis les changements politiques intervenus au Mali, la politique étrangère de Bamako s’est profondément réorientée. La coopération militaire avec la Russie s’est renforcée, les relations avec la France se sont effondrées et l’AES est devenue l’un des principaux instruments de politique régionale du pays.
- Les États-Unis n’ont cependant pas disparu du paysage diplomatique. L’audience du 4 septembre montre qu’un canal politique direct entre Bamako et Washington demeure ouvert, même si la relation ne possède plus la même architecture sécuritaire qu’avant les coups d’État. Cette continuité est d’autant plus intéressante qu’elle intervient quelques jours après le rapprochement spectaculaire entre Mali et Algérie observé lors de la visite d’Abdoulaye Maïga à Alger le 24 août.
- Bamako semble ainsi développer une diplomatie moins facilement réductible à une opposition entre « partenaires occidentaux » et « partenaires russes ». La priorité affichée reste la souveraineté, mais cette doctrine n’empêche pas la recherche de relations bilatérales lorsque celles-ci correspondent aux intérêts maliens.
- Une logique comparable apparaît le 2 septembre dans les relations avec l’Union européenne. Le ministre de la Culture Mamou Daffé reçoit l’ambassadeur de l’UE, Alberto Cerezo, pour discuter d’un renforcement de la coopération culturelle. Les échanges portent notamment sur les priorités nationales de développement culturel et la manière d’orienter l’appui européen autour de celles-ci.
- Le 6 septembre, la diversification se poursuit au Caire. La ministre de l’Entrepreneuriat national, Oumou Sall Seck, rencontre le ministre égyptien des Affaires étrangères Badr Abdel Aaty en marge du Cairo Dialogue, consacré à la coopération technique entre les États membres de la Banque islamique de développement. Les échanges portent notamment sur la formation professionnelle, l’entrepreneuriat et les possibilités de coopération avec l’Égypte.
- Ces trois séquences — États-Unis, Union européenne et Égypte — montrent une caractéristique importante de la diplomatie malienne actuelle : la rupture avec certains partenaires traditionnels n’équivaut pas à un isolement international généralisé.
- Bamako cherche plutôt à reconstruire ses relations sur une base plus transactionnelle, en sélectionnant les domaines dans lesquels la coopération reste jugée utile. Cette stratégie diplomatique prend cependant place dans un environnement sécuritaire de plus en plus complexe.
- Entre le 30 août et le 6 septembre, les frappes autour d’Aguelhoc et de Ménaka rappellent que le Nord demeure instable ; les opérations autour de Douentza et Bandiagara montrent que le Centre reste sous pression ; et les événements observés depuis Kignan jusqu’aux corridors du Sud indiquent que la menace se rapproche également des principaux axes économiques.
- Le changement le plus important n’est donc peut-être plus l’intensité des combats, mais leur géographie. Le Mali doit désormais protéger simultanément ses frontières septentrionales, ses zones rurales centrales et les routes commerciales reliant Bamako au Sénégal, à la Mauritanie, à la Guinée et à la Côte d’Ivoire.
- À mesure que cette géographie s’élargit, la bataille militaire devient aussi une bataille économique : celui qui contrôle — ou peut durablement perturber — les routes, le carburant, les marchés et les flux commerciaux dispose d’un moyen de pression sur l’État bien au-delà des seules positions militaires. C’est cette dimension qu’il faudra particulièrement surveiller après le 6 septembre.


