Observatoire Mali (18 – 25 octobre, 2026) Sécurité et politique nationale

Sécurité

Le 18 octobre, plusieurs campements de la région de Ménaka, notamment à Tagadayat et Tinabow, sont attaqués par des hommes armés circulant à moto. Les premières informations relayées par l’AFP font état d’au moins 48 civils tués, principalement issus de la communauté Daoussahak. Le Bureau exécutif de cette communauté attribue les attaques à l’État islamique au Sahel (EIS), tandis que des sources sécuritaires évoquent des représailles liées aux opérations militaires récentes et aux attaques contre le MSA. Le 24 octobre, l’état-major malien annonce la découverte de 54 corps à Tagadayat, à environ 35 kilomètres au sud-est de Ménaka, et l’évacuation de neuf survivants. Les FAMa attribuent les tueries à l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), sur la base des premiers témoignages recueillis. Ce bilan officiel constitue une confirmation majeure de l’ampleur du massacre, même si les circonstances précises et l’identité des auteurs n’ont pas fait l’objet d’une enquête indépendante publiée durant la période.

Dans le Centre, la situation humanitaire demeure également préoccupante. Le 20 octobre, Médecins Sans Frontières alerte sur l’arrivée de milliers de personnes déplacées à Macina, dans la région de Ségou, après les attaques précédemment survenues à Souleye et Touara. Plus de 3 400 personnes ont rejoint la localité, venant s’ajouter aux quelque 5 000 déplacés déjà présents. Les équipes médicales signalent des infections respiratoires et des cas de paludisme, tandis que de nombreuses familles manquent d’abris, d’eau potable et de nourriture. Parallèlement, le 20 octobre, les FAMa annoncent une frappe contre un groupe de motocyclistes dans la forêt de Ouagadou, près de Ngoma Koura. L’opération, menée dans le cadre de Dougoukoloko, aurait permis de neutraliser plusieurs combattants selon l’état-major. Le 21 octobre, l’armée annonce également des opérations dans les secteurs de Ménaka et Douentza, prolongeant ainsi la pression militaire dans plusieurs régions.

La question des opérations militaires et de la protection des civils prend une dimension supplémentaire avec la publication, le 19 octobre, d’un rapport de Human Rights Watch (HRW). L’organisation accuse les FAMa et leurs partenaires russes d’avoir commis des violations du droit international humanitaire lors d’opérations de contre-insurrection. Elle documente notamment une frappe de drone ayant touché un marché à Tombonkore, dans la région de Bandiagara, le 19 août, faisant six morts et au moins vingt blessés, ainsi qu’une frappe ayant endommagé un centre de santé à Talahandak, dans la région de Kidal. Le 22 octobre, HRW publie de nouvelles accusations concernant une frappe à Guélédié, dans la région de Mopti, qui aurait tué huit civils le 16 septembre, ainsi que des actes de torture présumés dans un centre de détention à Sévaré. Ces éléments constituent des accusations documentées par l’organisation, et non des conclusions judiciaires. Ils soulignent néanmoins l’importance croissante de la question de la responsabilité des différentes parties au conflit, alors que les opérations militaires s’intensifient.

Affaires politiques et nationales

Le 19 octobre, les autorités maliennes poursuivent le renforcement des effectifs des forces de défense et de sécurité. Au centre d’instruction de Toubanisso, 695 recrues du contingent 2025 achèvent leur formation initiale après six mois d’instruction. Le même jour, le centre de Markala accueille la cérémonie de fin de formation de 680 autres recrues, issues de différentes composantes des forces de défense et de sécurité, notamment l’armée, la Garde nationale, la gendarmerie, la police et la Protection civile. Ces deux cérémonies témoignent de la volonté de renforcer les capacités humaines de l’appareil sécuritaire, dans un contexte où les forces maliennes doivent simultanément maintenir leurs positions dans le Nord et répondre aux menaces persistantes dans le Centre et l’Est.

Sur le plan économique, le gouvernement organise le 19 octobre une nouvelle concertation avec les acteurs de la filière bétail-viande afin de répondre à la hausse des prix sur les marchés. Parmi les mesures envisagées figure la suspension temporaire des exportations de bétail sur pied, pour une durée pouvant atteindre six mois renouvelables, ainsi que la réouverture progressive de marchés dans plusieurs localités, notamment Nara, Niono, Konna, Tonka et Léré. Le gouvernement entend également réduire les difficultés de transport et les tracasseries routières qui renchérissent le prix de la viande. Le 22 octobre, la police annonce par ailleurs l’interpellation de deux personnes soupçonnées de fournir du carburant à des groupes armés dans la région de Kayes. Ces arrestations, intervenues les 16 et 18 octobre, concernent notamment un suspect transportant huit bidons dissimulés dans une caisse métallique sur l’axe Kayes-Melga. Elles illustrent la volonté des autorités de s’attaquer aux réseaux logistiques qui alimentent les groupes armés.

Le 23 octobre, le Conseil national de Transition adopte à l’unanimité des 122 membres présents le projet de loi portant création de l’Agence nationale pour la consolidation de la paix (ANCP). Présentée par le ministre d’État chargé de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale, Ismaël Wagué, cette structure doit coordonner les initiatives de médiation communautaire, de réconciliation nationale et de prévention des conflits, notamment dans les zones fragilisées par l’insécurité. Le même jour, le Conseil des ministres décide également la dissolution du conseil communal de la Commune I du district de Bamako, invoquant des dysfonctionnements administratifs et des irrégularités présumées dans la gestion foncière. Ces décisions traduisent deux priorités distinctes du gouvernement : renforcer les mécanismes institutionnels de pacification du territoire et exercer un contrôle plus strict sur les administrations locales.

Affaires internationales

Les négociations entre la Confédération des États du Sahel (AES) et la CEDEAO, ouvertes à Dakar le 17 octobre, se poursuivent dans leurs suites institutionnelles au cours de cette semaine. Le Conseil des ministres malien du 23 octobre revient sur les discussions et confirme l’adoption d’un projet d’accord-cadre de coopération ainsi que d’une feuille de route pour les négociations. Les deux organisations souhaitent préserver certains acquis de l’intégration régionale et organiser des discussions techniques sur les domaines d’intérêt commun. Cette évolution est importante pour le Mali, dont les échanges commerciaux et la circulation des personnes restent fortement liés aux pays voisins membres de la CEDEAO. Elle ne signifie toutefois pas un retour du Mali dans l’organisation : les discussions portent sur la construction d’un nouveau cadre de coopération respectant les choix institutionnels des États de l’AES.

Le 25 octobre, le président de la Transition, Assimi Goïta, quitte Bamako à destination de Moscou pour participer au troisième sommet Russie-Afrique, prévu les 28 et 29 octobre. Ce déplacement intervient dans la continuité du rapprochement engagé entre Bamako et Moscou depuis plusieurs années, notamment dans les domaines de la défense, de la sécurité et de l’exploitation des ressources naturelles. La participation malienne au sommet offre également une occasion de renforcer les relations économiques et diplomatiques avec la Russie et d’autres partenaires du continent. Le sommet lui-même se déroulant après la période étudiée, ses résultats ne peuvent pas encore être évalués dans ce rapport.

Enfin, la situation humanitaire au Mali continue de susciter des préoccupations internationales. Les déplacements de population à Macina et les attaques contre les campements de Ménaka rappellent que les conséquences du conflit dépassent largement les affrontements militaires. La multiplication des déplacements, les difficultés d’accès aux services essentiels et les accusations de violations du droit international humanitaire placent la protection des civils au cœur des enjeux nationaux et internationaux. La semaine du 18 au 25 octobre révèle ainsi un contraste majeur : tandis que Bamako cherche à renforcer ses capacités militaires, à consolider ses institutions et à diversifier ses partenariats, plusieurs communautés continuent de subir directement les conséquences de l’insécurité. La capacité de l’État à protéger les populations, au-delà des opérations militaires, demeure l’un des principaux critères de réussite de sa stratégie de reconquête territoriale.