Observatoire Mali (25 octobre – 01 novembre, 2026) Sécurité et politique nationale

La semaine du 25 octobre au 1er novembre 2026 est marquée par le déplacement du président de la Transition, Assimi Goïta, en Russie, à l’occasion du troisième sommet Russie-Afrique. Les échanges avec Vladimir Poutine et le groupe industriel KAMAZ confirment la volonté de Bamako d’approfondir sa coopération militaire, économique et énergétique avec Moscou. Sur le territoire national, les FAMa poursuivent leurs opérations dans le cadre de Dougoukoloko, notamment dans les régions de Tombouctou, Ségou et Niono. À Bamako, l’arrivée d’un important convoi de carburant et les initiatives gouvernementales en matière de cybersécurité et de lutte contre l’extrémisme témoignent des priorités sécuritaires et institutionnelles du moment.

Sécurité

Le 26 et le 27 octobre, les FAMa annoncent deux frappes contre des regroupements présumés de groupes armés dans le cadre de l’opération Dougoukoloko. La première intervient à environ 75 kilomètres au nord-ouest de Léré, dans la région de Tombouctou, où une quinzaine d’individus auraient été repérés sous un abri. La seconde vise un point de regroupement situé à environ 24 kilomètres à l’est de Diabaly, dans la région de Ségou, où plusieurs véhicules et motocyclettes auraient été identifiés. Selon l’état-major, les deux positions ont été neutralisées après des opérations de reconnaissance. Aucun bilan humain consolidé n’accompagne toutefois ces annonces. Ces interventions illustrent la poursuite des opérations aériennes sur plusieurs axes stratégiques, notamment dans les zones rurales reliant les régions du Nord et du Centre.

Les 29 et 30 octobre, de nouvelles opérations sont annoncées dans les environs de Niono et entre Saré-Nguéou et Néma, dans la région de Ségou. Selon le communiqué de l’état-major, une première frappe aurait neutralisé trois combattants repérés lors d’une mission de reconnaissance le 29 octobre. Une seconde intervention, le lendemain, aurait visé un regroupement d’individus circulant à motocyclettes. L’armée indique poursuivre les reconnaissances afin d’évaluer les résultats des frappes et d’identifier d’éventuelles menaces résiduelles. Ces opérations s’inscrivent dans un contexte de pression persistante sur les axes de circulation du Centre, où les convois militaires et commerciaux restent exposés aux embuscades et aux attaques de groupes armés. Les informations détaillées ont été publiées après la période couverte, le 2 novembre, mais concernent bien des événements survenus pendant cette semaine.

À Bamako, la sécurité intérieure reste également marquée par la criminalité urbaine. Le 28 octobre, le directeur général de la Police nationale, Youssouf Koné, présente les résultats des enquêtes relatives à trois affaires de meurtre et d’assassinat survenues dans la capitale. Les investigations ont conduit à plusieurs interpellations, notamment dans les affaires concernant Broulaye Doumbia, retrouvé mort à proximité de l’ACI 2000, et Boubacar Ly, dont la disparition avait été signalée quelques jours auparavant. La police affirme avoir identifié les principaux suspects dans des délais de 24 à 48 heures. Ces affaires, distinctes de la menace terroriste, rappellent que les enjeux de sécurité publique à Bamako comprennent également la criminalité violente et la capacité des services d’enquête à répondre rapidement aux alertes de la population.

Affaires politiques et nationales

Le 26 octobre, Bamako accueille un nouveau convoi de 1 107 camions-citernes, arrivé sous escorte des FAMa après avoir circulé durant la nuit. Selon la Direction générale du commerce et de la concurrence, il s’agit du plus important convoi enregistré dans la capitale depuis le début du mois d’octobre. Il succède aux convois de 643 citernes le 3 octobre, 957 le 10 octobre et 734 le 17 octobre. Cette succession d’arrivages souligne l’importance stratégique des corridors routiers pour l’approvisionnement du pays. La sécurisation des convois constitue désormais un enjeu économique majeur, compte tenu de la dépendance des activités commerciales, des transports et des services à la disponibilité des produits pétroliers.

 

Le 27 octobre, la quatrième édition des Journées nationales de la cybersécurité s’ouvre au Centre international de conférences de Bamako, autour du thème : « L’intelligence artificielle et le cyberespace : nouveaux défis pour la cybersécurité ». Organisée par l’Autorité malienne de régulation des télécommunications, des technologies de l’information et de la communication et des postes (AMRTP), la rencontre réunit des institutions publiques, des universitaires, des professionnels du numérique et des délégations du Burkina Faso et du Niger. Les discussions portent notamment sur les nouvelles menaces numériques, la protection des infrastructures et la sécurité des données. Le rendez-vous traduit la volonté des autorités d’intégrer la cybersécurité à leur conception de la souveraineté nationale, dans un environnement où les outils numériques et l’intelligence artificielle occupent une place croissante dans les enjeux de sécurité et de gouvernance.

 

Le 29 octobre, le Premier ministre Abdoulaye Maïga reçoit officiellement le « Document de Bamako pour la déconstruction du discours extrémiste au Mali », élaboré avec la participation du Haut Conseil islamique du Mali. Le document vise à mobiliser les institutions religieuses et les pouvoirs publics contre les discours de haine, d’intolérance et d’extrémisme. Cette initiative intervient alors que les autorités cherchent à renforcer les réponses non militaires à la crise sécuritaire, notamment à travers la prévention de la radicalisation et la mobilisation des acteurs religieux. Elle complète les efforts institutionnels de consolidation de la paix engagés ces dernières semaines, même si son efficacité dépendra de sa diffusion, de son appropriation locale et de sa traduction en actions concrètes auprès des communautés.

Affaires internationales

Le 25 octobre, Assimi Goïta quitte Bamako pour Moscou afin de participer au troisième sommet Russie-Afrique, organisé les 28 et 29 octobre. Le 27 octobre, il rencontre le directeur général du groupe russe KAMAZ, Vasily Tsyganov, pour discuter de l’exécution du contrat signé le 7 octobre avec l’Entreprise malienne de transport et de logistique (ESMTL). Celui-ci porte sur la fourniture de 350 véhicules pour plus de 30 milliards de francs CFA, avec un volet de formation destiné aux conducteurs, mécaniciens et ingénieurs maliens. KAMAZ évoque également la possibilité de construire un centre de maintenance puis, à terme, une usine d’assemblage au Mali. Au-delà de l’achat de véhicules, le projet pourrait contribuer au développement des capacités nationales de transport et de logistique, sous réserve de la réalisation effective des investissements annoncés.

 

Le 28 octobre, le président malien participe à l’ouverture du Forum économique et humanitaire Russie-Afrique, puis est reçu au Kremlin par Vladimir Poutine. Le lendemain, lors de son intervention au sommet, il défend une coopération fondée sur la souveraineté des États, l’égalité entre les partenaires et le développement mutuel. Le 30 octobre, les deux présidents tiennent une rencontre bilatérale consacrée à l’énergie, aux mines, à la formation et à la sécurité. Selon le compte rendu de l’AMAP, Vladimir Poutine annonce que le nombre de bourses d’études accordées au Mali sera porté à 300 pour l’année universitaire 2026-2027. Assimi Goïta évoque pour sa part le transfert de compétences, la transformation locale des ressources minières, l’énergie solaire, le nucléaire civil et le renforcement de la coopération dans le renseignement et la cybersécurité. Cette rencontre confirme l’élargissement du partenariat russo-malien au-delà du seul domaine militaire.

 

Le 31 octobre, toujours à Moscou, Assimi Goïta rencontre la communauté malienne établie en Russie, composée notamment d’étudiants, d’élèves officiers, d’officiers stagiaires et d’acteurs économiques. L’ambassadeur du Mali présente une communauté estimée à environ 2 500 personnes, dont les représentants soulèvent notamment les conditions d’études et les perspectives d’insertion professionnelle. Le 1er novembre, le président rentre à Bamako après le sommet. Dans son bilan, les autorités mettent en avant les avancées de la coopération avec Moscou et la volonté de poursuivre les projets engagés. Ce déplacement constitue un moment diplomatique important pour Bamako, mais les annonces relatives aux infrastructures, à l’énergie et au transfert de compétences devront être évaluées à l’aune de leur mise en œuvre.